Au Grand Mirail, Aumovio (ex-Continental) vient de remporter le prix de la “Meilleure Usine de France 2025”. Experte en fabrication de pièces électroniques automobiles, l’usine a reçu en décembre le prix du Kaizen Institute grâce à sa nouvelle organisation du travail. Entre autres : un management plus horizontal et l’adaptabilité de ses lignes de production.
Implantée depuis plus de quarante ans entre Basso Cambo et le Mirail, l’usine Aumovio (ex-Continental) fabrique des pièces électroniques embarquées pour le secteur automobile. Dans un secteur très compétitif sur le plan mondial, ce site highcost* s’est démarqué de ses concurrents grâce à la qualité de ses produits et son organisation “agile”, peu commune dans le monde de l’usinage. Une organisation récompensée récemment par le prestigieux Kaizen Institute (Lien). Il décerne chaque année un prix aux entreprises pour leur capacité d’amélioration et d’innovation. Avec 1400 salariés, l’usine située au Miraila donc été désignée “Meilleure Usine de France 2025”, une fierté pour la direction, mais aussi pour l’ensemble des salariés dont certains sont des enfants du Mirail.

Trois bras articulés sur une ligne de production dans l’usine Aumovio, au Mirail, à Toulouse. © MQML
Un management “agile” pour sauver l’usine
Retour quelques années en arrière : en 2019, l’usine connaît une crise sans précédent et est menacée de fermeture. Il faut alors se réinventer pour éviter les licenciements. “Nous avions trois ans pour faire nos preuves”, se souvient André Gonçalves, directeur de l’usine. “Nous avons décidé de mettre en place une nouvelle stratégie moins hiérarchique et plus collaborative”. L’usine mélange un lean management (méthode de gestion du travail visant à être plus efficace en limitant le gaspillage des ressources) et un management plus “agile”, dans lequel l’ensemble des équipes sont impliquées. “Tous les trois mois, nous réunissons tous les groupes de travail pour valider les objectifs et s’assurer qu’ils correspondent à nos valeurs, comme par exemple le respect de l’environnement”.
Dans le cadre de cette réorganisation, de plus en plus de lignes de production sont désormais modulables : elles s’adaptent désormais beaucoup plus vite à la demande pour produire différents types de pièces. “Avant, il fallait deux ans pour modifier une ligne de production, maintenant cela prend seulement six mois”, explique Jean-Philippe Jolimay, ingénieur qualité de production. Les 31 lignes de montage de l’usine permettent actuellement de fabriquer des badges, des capteurs de pression, des antennes intelligentes, entre autres. En 2024, 21,7 millions de pièces ont été produites par l’usine.
La fierté des salariés du Mirail
Certains salariés de l’usine sont issus du quartier. Pour eux, la distinction du Kaizen Institute est une immense fierté. “Je passais souvent devant l’usine quand j’étais petit, c’était un rêve d’y travailler. Je suis très fier, car je travaille ici depuis 22 ans”, partage Youssef Oudra, manager d’équipes. “Même si j’ai quitté le quartier, j’encourage les enfants du Mirail à croire en leurs ambitions, car j’ai commencé en tant qu’intérimaire en 2003, et maintenant, j’occupe un poste important. Mais vivre dans ce quartier, c’est difficile. Y fonder une famille et voir ses enfants y grandir, ça l’est aussi. Donc, même si cela paraît paradoxal, quand on a les moyens d’en partir, on le fait. L’usine m’a permis de le faire”. Pour le directeur André Gonçalves, ce choix est compréhensible mais il est important que les personnes qui travaillent à l’usine “constituent un relais et un réseau pour les jeunes de ce quartier”.

Youssef Oudra, manageur chez Aumovio © MQML
Après ce prix, l’usine vise un pallier supplémentaire. “L’année prochaine, on va essayer de décrocher le Global Kaizen Award”, une récompense internationale cette fois. En attendant, le prix reçu cette année ravit tout le monde. “Nous avons donné une prime à l’ensemble des employés de l’usine pour les récompenser du travail accompli”, s’enthousiasme le directeur d’Aumovio.
Vanessa Ekhaguere avec Sophie Arutunian pour MQML
* : “coût élevé” en français, par opposition au low cost (bas prix). Le terme highcost désigne des sites qui revendiquent des coûts de production importants, comme gage de qualité.
Lien Kaizen Institute : https://kaizen.com/